Et si la résistance, parfois, c’était juste un bol de croquettes posé au bon endroit ? À Gaza, au milieu des gravats et des rues qui ne ressemblent plus à des rues, des chats et des chiens errent, affamés, blessés, invisibles. Le détail qui change tout, ce n’est pas une grande organisation, c’est une routine. Répétée. Tenue. Même quand tout s’écroule.
Depuis plusieurs années, un adolescent, Abdullah Rabee, s’est mis en tête d’aider ces animaux abandonnés. Son histoire a circulé sur les réseaux, et franchement, elle dit quelque chose de fort : on peut être débordé, avoir peur, manquer de tout… et quand même choisir la compassion.
Une tournée simple, mais régulière, et c’est ça le tournant
Le truc le plus difficile en zone de conflit, ce n’est pas de faire un geste héroïque une fois. C’est de recommencer le lendemain. Abdullah, souvent accompagné de son père, fait des tournées pour nourrir et parfois soigner des animaux errants, malgré le manque de ressources.
Dans le chaos, une routine devient une bouée. Un endroit connu où les chats reviennent. Une heure à peu près fixe. Un sac partagé, parfois à moitié vide, parfois un peu plus rempli grâce à une aide reçue.
Pourquoi la régularité sauve plus de vies que l’improvisation
Un chat qui a faim ne peut pas “attendre la prochaine bonne action”. Il s’affaiblit vite. Une chienne qui allaite sans manger, c’est une portée entière qui bascule. Dans ces conditions, la régularité crée un point de repère, et ce repère limite les bagarres, les déplacements dangereux, et les risques de blessure.
Et puis, ça change aussi le comportement des animaux. Quand ils savent qu’il y a une source de nourriture, ils prennent moins de risques, ils traversent moins, ils se battent moins. C’est concret. C’est mesurable.
Sur place, ce sont des choix difficiles, pas des “bons sentiments”
On imagine souvent une scène douce. La réalité est plus rude. Il faut décider qui on aide en premier, qui on transporte, qui on laisse sur place faute de place ou de médicaments. C’est là que l’engagement d’un jeune comme Abdullah impressionne : il tient dans la durée, sans se raconter d’histoires.
- Nourrir en limitant les attroupements (pour éviter les bagarres et le stress).
- Apporter de l’eau, parfois plus vitale que la nourriture.
- Repérer les animaux blessés, boiteries, plaies, gale, infections.
- Créer des points fixes pour que les animaux ne s’éparpillent pas dans des zones dangereuses.
Le vrai défi : faire plus avec moins (et rester prudent)

Aider des animaux à Gaza, ce n’est pas “juste” donner à manger. C’est jongler avec la pénurie, l’insécurité, les déplacements compliqués. Et malgré ça, Abdullah et sa famille ont aussi accueilli des animaux chez eux. On parle de 12 chats adoptés, un chiffre qui dit beaucoup sur le niveau d’engagement au quotidien.
Adopter en temps normal, c’est déjà une responsabilité. En contexte de guerre, c’est une charge mentale et logistique énorme. Mais c’est aussi, pour certains animaux, la seule chance de survie.
Ce qu’on ne voit pas sur les vidéos : l’organisation minimale à mettre en place
Pour que l’aide tienne, il faut un minimum de méthode. Même quand on n’a presque rien. Et c’est là que son histoire devient utile pour tout le monde, y compris loin de Gaza : on peut apprendre à faire simple, efficace, et plus sûr.
- Portions petites et multiples plutôt qu’un gros tas, ça limite les conflits entre animaux.
- Récipients plats (couvercles, assiettes en plastique) : moins de renversement, moins de gaspillage.
- Eau changée souvent, surtout quand il fait chaud ou quand la poussière est partout.
- Un point d’alimentation discret, à l’écart des routes et des zones de passage.
- Observer avant d’agir : un animal très amorphe, qui respire mal ou qui saigne, c’est une urgence.
La sécurité d’abord, oui, même quand on veut aider
Je le dis clairement : aucun animal ne vaut de mettre un enfant en danger. Le fait qu’Abdullah soit accompagné de son père n’est pas un détail, c’est une protection. Dans les zones instables, il faut éviter les déplacements seuls, les horaires risqués, et les lieux trop exposés.
Si vous aidez des animaux errants, où que vous soyez, gardez ce principe. Aider, ce n’est pas se sacrifier. C’est durer.
Réseaux sociaux : pas juste pour “faire joli”, pour trouver des alliés
Abdullah partage sa mission sur Instagram et ailleurs. Certains lèvent les yeux au ciel quand on parle de réseaux, mais là, c’est utile. Ça sert à témoigner, à trouver du soutien, et à rappeler une vérité qui dérange : en temps de guerre, les animaux sont souvent les premiers oubliés.
Il a même formulé une demande simple, rapportée par des médias comme The Dodo : “donner une voix à ceux qui n’en ont pas”. Ce n’est pas une phrase marketing. C’est une stratégie de survie : si personne n’en parle, personne n’aide.
Ce que vous pouvez faire, concrètement, depuis la France (ou ailleurs)
On se sent vite impuissant. Pourtant, y a des actions réalistes. Pas parfaites. Réalistes. Le but, c’est que l’aide arrive au bon endroit, sans nourrir les arnaques, et sans mettre des personnes en danger.
- Partager les sources fiables (comptes identifiés, associations reconnues, appels transparents).
- Donner à des ONG vétérinaires qui interviennent sur le terrain quand c’est possible (médicaments, stérilisation, soins).
- Soutenir les refuges locaux via des collectes encadrées, en vérifiant les preuves d’achats et les mises à jour.
- Parler des animaux dans les discussions sur l’aide humanitaire, sans opposer les causes (les deux existent).
Ce que cette histoire nous apprend, même loin du conflit
Ce qui me touche le plus, ce n’est pas l’image “mignonne” du chat sauvé. C’est l’idée que la compassion peut devenir une discipline. Une habitude tenue, pas une émotion passagère.
Et si on se posait la question chez nous, maintenant : dans nos villes, nos campagnes, nos parkings de supermarchés, combien d’animaux errants on ne voit plus ? Pas parce qu’on est méchants. Parce qu’on est pressés.
Petits gestes, gros impact, même en temps normal
Sans jouer les héros, on peut tous faire un peu mieux. Un message à une association locale. Un signalement à la mairie. Une gamelle d’eau l’été. Ça paraît minuscule. Ça sauve des vies.
À Gaza, Abdullah continue, depuis près de 3 ans, malgré la peur, malgré les obstacles. Son histoire ne promet pas un miracle. Elle rappelle juste un truc basique, mais puissant : tant qu’il reste quelqu’un pour tendre la main, tout n’est pas perdu.
